jeudi 27 octobre 2011

Facebook et identité professionnelle

Une mobilisation rapide et massive via Facebook stoppe le licenciement d’une caissière accusée du vol d’un ticket de caisse. De nombreux articles relatent cette histoire qui a créé l’indignation :
http://www.francesoir.fr/actualite/societe/cora-caissiere-sauve-son-emploi-grace-au-soutien-sur-internet-151122.html

Facebook, à l’aide des salariés ? On peut s’interroger. Dans un même temps, une autre actualité démontre que s’exprimer sur ce réseau social peut tout autant conduire au licenciement :
http://elle.sfr.fr/Societe/News/Critiquer-son-chef-sur-Facebook-peut-mener-au-licenciement-1424415

Opinions, photos, commentaires publiés sur Internet sont considérés comme publics et ne relèvent pas de la sphère privée. Conjugué à l’absence de droit à l’oubli imposé par la mémoire du web, écrire sans retenu ses états d’âme, qu’ils soient critiques ou romantiques, ne laisse aucune place à la fluctuation de l’identité. Comme gravés dans le marbre, les mots choisis et utilisés à un moment T dans un contexte précis figent sans nuance possible sentiments et pensées au regard de tous.

Alors que l’identité d’un sujet n’est jamais définitivement stabilisée, mais en confirmation quotidienne dans les relations aux autres tant affectives que de travail, ne pas respecter le caractère privé de la parole écrite porte atteinte à la dynamique et à la promesse de changement que contient une personne.

La multiplication par le groupe Facebook des fonctionnalités et des rubriques de recueil d’informations (santé, emploi, relations de familles…) transforme instantanément en données publiques les confidences d’un internaute. L’article ci-dessous revient sur ces questions et rappelle qu’il relève de la liberté de chacun de donner à voir sa vie privée et professionnelle ou de les protéger :
http://www.rue89.com/2011/09/28/le-nouveau-facebook-fait-entrer-votre-vie-privee-dans-lhistoire-223871

Les réseaux sociaux sont considérés comme « incontournables » pour postuler, recruter, s’informer du marché de l’emploi. Mais, quand un salarié s’en saisit pour communiquer sur ses conditions de travail ou de management, et s’y confie à l’écrit, au détriment de la parole, emploie-t-il alors le média le plus bénéfique pour lui ?

Adresser ses difficultés à une personne physiquement présente rompt la solitude. Préférer le face à face plutôt que le Facebook pour dire ses souffrances au travail dans le cadre d’une véritable écoute participe à la restauration de la capacité de penser et d’agir.

Valérie Tarrou

mardi 18 octobre 2011

Blog de veille sur la santé au travail

Accueilli par la revue Santé & Travail, le blog de Jacques Darmon, médecin du travail et engagé à la CFDT, est une source actualisée d'informations tant juridiques, que médicales ou sociales en lien avec la santé au travail. Il partage cette veille au bénéfice de ses lecteurs et exprime sa subjectivité en toute transparence.
A découvrir : http://alternatives-economiques.fr/blogs/darmon/

mardi 4 octobre 2011

« De bon matin » il a rencontré la souffrance

Sortie mercredi 5 octobre du film « De bon matin » de Jean-Marc Moutout, avec Jean-Pierre Darroussin , Xavier Beauvois , Yannick Renier ... un film sur un conflit purement professionnel inspiré par un fait divers arrivé en Suisse.

Lundi matin, Paul Wertret, cinquante ans, se rend à la Banque Internationale de Commerce et de Financement, où il est chargé d’affaires. Il arrive, comme à son habitude, à huit heures. Il s’introduit dans une salle de réunion, sort un revolver et abat deux de ses supérieurs. Dans l’attente des forces de l’ordre, cet homme, jusque là sans histoire, s’enferme dans son bureau et revoit des pans de sa vie et les événements qui l’on conduit à commettre son acte.




Lire l’article de Rue89 : « Souffrance au travail : «De bon matin», il tue deux collègues » : http://www.rue89.com/2011/10/03/souffrance-au-travail-de-bon-matin-il-tue-deux-collegues-224354

mardi 27 septembre 2011

« Souffrance au travail : vu l’ampleur des dégâts rien en soi n’est suffisant ! »

Un écrit proposé par Alain Astouric, auteur de « La Tyrannie du marketing » (2010, Ed Ere), « Le Management durable » (2004, Ed Chronique Sociale).

Depuis deux décennies les techniques managériales de mutation organisationnelle permanente, de travail en mode projet, de réingénierie, d’empowerment* et de rémunération variable individuelle ont poussées les hommes, pardon ! les ressources humaines, vers la religion de la mobilité, la transformation permanente, la flexibilité, la polycompétence et l’individualisation des résultats au sein d’une entreprise prétendument individualisée pour le bien de tous.

Or, s’il est exact que ces évolutions peuvent offrir certaines opportunités de responsabilisation des salariés et de mise en place d’organisations moins hiérarchiques, elles font surtout peser de graves risques sur la santé mentale des travailleurs. Alors que faire en ces temps du triomphe de l’individualisme ?

Etant donné qu’on ne peut pas revenir en arrière, il est urgent de reconstruire l’entreprise. Non pas par nostalgie du passé mais parce que l’on tient là l’unique façon de réussir l’avenir.

Il est plus que temps de donner enfin à la maîtrise et aux cadres non seulement une réelle et suffisante marge de manœuvre mais aussi une formation sérieuse, complète et concrète, d’abord aux problématiques de la santé et du bien-être au travail, ensuite, et surtout, aux dix techniques qui fondent (depuis presque toujours) le management efficace d’une équipe au travail : la communication interindividuelle ; la gestion du changement dans les organisations ; la recherche de l’amélioration de la qualité ; la délégation de pouvoir ; la prise de décision ; la négociation interindividuelle ; la motivation de l’homme au travail ; la conduite de réunion ; la prise de parole en public ; l’entretien de face-à-face.

Nous sommes bien conscient que vu l’ampleur des dégâts rien en soi n’est suffisant et que la pédagogie à elle seule n’est pas la panacée. Mais si l’on n’utilise pas en premier lieu les moyens existants, ceux là même qui ont depuis longtemps fait leurs preuves, rien ne sera jamais résolu.

En outre, parce qu’en matière de relations sociales dans le travail, de conditions de travail et d’organisation du travail la démarche collective est toujours à privilégier, nous insistons sur la nécessité à former les décideurs et dirigeants ‒ surtout les plus jeunes ‒ au minimum aux problématiques de la santé et du bien-être au travail ainsi qu’à la gestion du changement dans les Organisations. De préférence à la totalité de ce même programme.

On a là un train de mesures qui en ne confondant pas prévention du stress et poudre aux yeux devrait nous permettre de regagner suffisamment de confiance et d’adhésion pour, enfin, travailler mieux.

Alain Astouric
http://astouric.icioula.org/

* La réingénierie consiste en un écrasement de la pyramide hiérarchique par disparition de la plupart des agents de maitrise et cadres de proximité. L’empowerment, au prétexte de lui offrir l’autonomie, aboutit en réalité à placer le salarié dans une position intenable entre, d’une part la stricte obligation de résultats immédiats et d’autre part le strict respect de normes, règlements procédures et processus.

dimanche 11 septembre 2011

Et si vous deveniez co-auteur du blog ?

Tout en poursuivant la publication d’articles sur l’actualité de la psychologie du travail et l’approfondissement de concepts, le blog s’enrichit de nouvelles rubriques et propose un zoom sur la souffrance au travail via une consultation et les risques psychosociaux.

Je fais appel à vos témoignages, que vous soyez un praticien ou un salarié, aux situations vécues, aux interrogations et aux avancées dans ces deux domaines afin d’enrichir les rubriques de vos contributions, anonymes ou personnalisées, à m’envoyer par mail (voir la rubrique Contact).

Ecrire, et adresser son écrit, peut constituer un premier pas pour ne pas rester seul(e) face à une situation professionnelle perturbante, pour s’autoriser à dire sa détresse, et ressentir que les conditions de travail subies commencent à porter atteinte à votre santé et à votre capacité de travailler.

Cette participation à la vie du blog ne remplacera pas le travail réalisable dans une consultation spécialisée Souffrance et Travail mais ne pouvons nous penser avec Tosquelles (1) que « c’est en faisant des choses que l’homme se fait lui-même d’autant plus que l’on ne peut pas faire quoi que ce soit sans compter sur les autres » (2).

Aussi je vous propose de faire et de faire ensemble.

Valérie Tarrou

1) François Tosquelles, psychiatre catalan (1912-1994), est l’un des inventeurs de la psycothérapie institutionnelle. « Le travail thérapeutique en psychiatrie », Erès, 2009.

2) Lire sur : http://www.psychologuesenresistance.org/spip.php?article30 la post-face écrite par Yves Clot, titulaire de la Chaire de psychologie du travail du Cnam, pour la réédition du livre de F. Tosquelles en 2009 aux éditions Erès, ouvrage publié en 1967 par les éditions du Scarabée.

samedi 16 juillet 2011

L'Observatoire indépendant Santé et Travail : élu 'Site Web du mois' par « Le Carnet/PSY »

La revue Le Carnet/PSY, n°155 de juillet-août 2011, dans sa rubrique « Le site Web du mois » consacre à l’« Observatoire indépendant Santé et Travail » l’article ci-dessous signé Christian Robineau.

http://observatoire-sante-travail.blogspot.com/
OBSERVATOIRE INDEPENDANT SANTE ET TRAVAIL

« Sur un T-shirt aperçu au détour d’une manifestation, ceci, imprimé en cercle : "Travailler plus pour travailler plus pour travailler plus pour…" Avouons que cette circularité narquoise nous en dit bien davantage que les journaux télévisés sur l’imposture de certain slogan électoral que chacun garde en mémoire. Bien davantage, également, sur ce qu’une politique conduisant à travailler toujours plus et toujours plus mal (quand on a un travail), pour gagner souvent moins, peut générer comme souffrances, parfois létales.

Ce thème de la souffrance au travail (ou plus exactement causée par une certaine organisation du travail), exploré depuis de nombreuses années par des auteurs trop solitaires comme Christophe Dejours ou Yves Clot, et dont France Telecom et Renault ont fait ces dernières années la fortune médiatique, nous vaut l’intéressant blog d’une psychologue du travail et psychanalyste, Valérie Tarrou. Son but : "aider à mieux comprendre l’actualité de la psychologie du travail (sociale, événementielle...) grâce aux apports de la théorie".

Appelant à la rescousse des auteurs somme toute peu invités au journal de TF1 (Hegel, Canguilhem, Ricœur, Spinoza), V. Tarrou se saisit ainsi d’événements sociaux, d’articles parus dans la presse, de la publication d’ouvrages ou de rapports, pour nous entretenir de questions aussi rafraichissantes que le suicide au travail, le harcèlement moral ou le travail des femmes, clarifier l’air de rien des concepts tels que stress, néo-taylorisme ou risque psychosocial, ou encore nous faire bénéficier des ses dernières fiches pratiques sur la médecine du travail, les CHSCT ou les IPRP (V. Tarrou travaille trop). Le tout de manière toujours claire et pédagogique (V. Tarrou mérite une augmentation).

Nulle part, pourtant, n’est suggéré qu’utiliser "souffrance" et "travail" dans une même expression pourrait bien être pléonastique. "Travail" trouve en effet son origine étymologique dans le bas latin tripalium, "instrument de torture", de tri ("trois") et palus ("pieu"), littéralement : "trois pieux". La langue est étonnante. Allongez-vous sur un pieu, c’est du repos. Sur trois, hop ! C’est du travail. »

Christian Robineau
http://www.carnetpsy.com/

lundi 4 juillet 2011

« FEURS »

« Feurs », un écrit sur le travail et ses souffrances qui m’a touchée et dont je prolonge le partage avec l’aimable autorisation de son auteur, le Docteur Brigitte Font Le Bret. Psychiatre, spécialiste des maux professionnels, expert judiciaire près la cour d'appel de Grenoble. VT

Je suis née dans une usine à une dizaine de quelques kilomètres de la fonderie de FEURS et ce matin après avoir vu ce qu'il reste de celle-ci je pleure de tristesse, de colère tout comme lorsque j'étais enfant j'ai pleuré lorsque la très petite usine de mon père a brûlé et que j'ai vu les flammes et les larmes de mon père, ceci a été le fondement de mon choix professionnel : médecin du travail et psychiatre, spécialiste en souffrance au travail et en suivi post accident du travail ou maladie professionnelle.
Alors ce billet je l'écris ce matin pour la famille des victimes, pour les salariés, pour les habitants de Feurs. Il y a quinze jours j'étais au concert de Lavilliers à Saint-Etienne, j'ai fait le déplacement de Grenoble car sa chanson Le Stéphanois et tant d'autres me vont droit au cœur : « On n'est pas d'un pays mais d'une ville... » chante-t-il, cette phrase est mienne.
Je pense aussi à tous les salariés en maintenance qui mettent quotidiennement leurs vies en danger dans un paysage industriel en déliquescence. La sécurité sans moyen financier à la hauteur ne peut exister et quotidiennement dans mon cabinet j'entends de telles confidences, pas assez d'EPI, réparations de fortune par manque de matériel, perte de savoirs non transmis par les « anciens » qui ont été mis à la porte par des PSE, produits cancérigènes sur des combinaisons de travail que l'on ne peut nettoyer, produits chimiques explosifs trouvés au décours d'un dépannage dans un atelier non prévu pour çà, chaussures de sécurité non réglementaires quand il faut travailler à moins 10 degrés au sommet d'une installation, parkas non ignifugées, gants trop courts et dans mon cabinet les cicatrices, les plaies celles que l'on voit mais aussi celles qui ne se voient pas et celles-ci font très mal, je vous en supplie n'utilisez jamais le mot « blessés légers » car parfois leur douleur morale qui se nomme syndrome psychique post traumatique est indicible.
J'essaie de panser les plaies, celles qui ne se voient pas et je cache mes larmes.
Docteur Font Le Bret Brigitte

A réécouter, le Docteur Brigitte Font Le Bret sur Arte :
http://www.arte.tv/fr/2952388,CmC=2952386.html